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Texte de l'article intégral

La Minerve
4 août 1853

Introduction par effraction dans l’hôtel de ville


Les admirateurs de Gavazzi en cette ville paraissent décidés à se couvrir de honte et d’ignominie avant de perdre le souvenir du moine prévaricateur. Gavazzi leur a dit, “ne m’appelez pas protestant, mais destructeur.” Ils ont si bien goûté ce principe de destruction qu’ils s’efforcent aujourd’hui de le mettre en pratique.

En 1849, cette même classe d’hommes, ou à peu près la même, s’était acquis le titre de Vandals, par la destruction de bâtisses publiques et privées et des bibliothèques de la province, aujourd’hui elle se fait Iconoclaste, et brise les images. Oui, lecteurs, les admirateurs de Gavazzi, ont trouvé parmi eux un homme assez lâche, assez vil, assez perdu d’honneur pour aller assouvir son fanatisme par la destruction d’un portrait devenu la propriété de la cité. Ce portrait était un chef d’oeuvre de prix qui faisait le plus grand honneur à notre artiste canadien M. T. Hamel, et par conséquent, outre l’outrage criminel que comporte sa destruction intentionnelle, c’est un vol presque sacrilège.

Nous regrettons de dire que les badinages indécents de la Gazette et le ton de persiflage qu’elle employe pour rapport cet acte honteux, commis dans l’ombre, font penser qu’il était prémidité et convenu d’avance. Lorsqu’elle dit qu’il est maintenant évident qu’on aurait dû adopter la proposition du conseiller Adams secondé par le conseiller Corse, pour faire enlever ce portrait de là, et que cet est l’effet de l’absence de procédure légale contre les auteurs du massacre du 9 juin, elle dit que ces gens là veulent à tout prix satisfaire leur haine, que la loi soit pour ou contre eux, c’est-à-dire qu’ils ne reconnaissent pas de loi, quand ils veulent exercer une vengeance qui n’a pas de cause.  Est-ce possible que Montréal nourrira longtemps encore dans son sein des vagabonds comme ceux-là, qui peuvent en un jour, ou une nuit détruire à tout jamais le crédit de la cité? Tous les hommes honnêtes gémissent de voir un pareil état de choses, et il est à espérer qu’on va prendre des mesures pour, tâcher d’appréhender le vilain qui s’est introduit ainsi furtivement durant la nuit de lundi à mardi, dans l’enceinte des délibérations du conseil pour commettre cet outrage révoltant. On nous dit qu’une nouvelle copie de ce portrait remplacera bientôt celle qui a été mutilée.  Si les admirateurs de Gavazzi et de la Gazette de Montréal et du Witness, sur qui l’opinion rejettera la honte et la responsabilité de ce crime, étaient aussi délicats que l’ont été les irlandais catholiques de Griffintown, lorsque des intrus ont brisé le chassis d’une chapelle protestante, ils exprimeraient leur réprobation du fait de la même manière. Mais on ne peut pas attendre un seul sentiment de délicatesse de la part des gens qui ont si peu de pudeur qu’ils font du badinage à propos d’un crime aussi atroce.

Tout Montréal rougit dMune aussi noire infamie, les admirateurs de Gavazzi exceptés. Quand nous disons les admirateurs de Gavazzi, qu’on n’aille pas croire que nous voulons dire tous les protestants ; Oh! Non, il n’y a certainement pas un protestant respectable qui ne rougisse de cet acte ; On nous dit même que plusieurs d’entre eux seront des premiers à proposer qu’une nouvelle copie de ce portrait remplace l’ancienne. Il faut que ce portrait soit replacé. Voici du reste les réflexions judicieuses que fait le Herold à ce sujet :

“Nous avons honte d’annoncer que le portrait du maire, dans l’Hôtel de Ville, a été défiguré, par l’enlèvement de la partie de la toile sur laquelle la tête et les épaules étaient peintes.─Le personnage qui a commis cet outrage semble avoir été armée d’une sorte d’arme tranchante au bout d’une canne avec laquelle elle a pu enlver le morceau. Quelque soit l’opinion que l’on puisse avoir de la conduite de M. Wilson, un autre qui se croira offensé par M. McGill, pourra en faire autant au portrait de ce monsieur ; et un troisième pourra brûler la maison de son voisin. La probabilité est, que le perprétateur de cette offense s’est caché dans la chambre du conseil, le soir, de sorte que, s’il eut désiré, il eut tout aussi bien pu mettre le feu à la bâtisse que détruire le portrait. Cette considération expose toute notre société à un état d’insécurité. Il ne peut pas y avoir de paix ou d’ordre ou de sûreté, quand les individus prendront sur eux-mêmes d’exercer ces vengeances que l’homme le plus vil, et le plus lâche peut exercer dans les ténèbres sur la personne ou la propriété du plus brave et du plus honnête homme.

Le destructeur Gavazzi n’a pas fait mal au’à Montréal ; ses prédications ont eu d’aussi fâcheux résultats à lLondres. Qu’on lise ce qui suit, et on pourra juger du bien qu’il fait au monde. C’est le Globe de Londres qui parle :

“Depuis plusieurs jours, le quartier de Holhorn à Londres est le théâtre de désordres assez graves, par suite de la mésintelligence qui existe entre les réfugiés italiens amis et partisants du père Gavazzi, et les nombreux irlandais qui habitent ce quartier. La cause de la querelle est politique et religieuse. Il paraît que les réfugiés italiens de 1848 ont fait de cet endroit leur lieu de rendez-vous, et y ont amassé des haines contre le clergé catholique qui officie dans le district ; ils ont été jusqu’à commettre une tentative d’assassinat sur un prêtre italien qu’ils avaient reconnu comme un aristocrate, autrefois ennemi de la cause populaire en Italie. On crut que le déplacement de ce révérend diminuerait la mésintelligence, mais il n’en fut pas ainsi, car les prêtres irlandais qui l’ont remplacé, MM. Gilligan et O’Connor, ont été à diverses reprises insultés par les Italiens en traversant les rues.

“Dimanche soir, les choses en arrivèrent à de déplorables excès. Le révérend M. Galligan fut attaqué dans Baldwin’s Gardens, et les assaillants se réfugièrent dans une taverne tenue par un Italien nommé Tresoldi. Cet attentat fut suivi d’un autre sur la personne de M. O’Connor, qui fut renversé et maltraité par les mêmes individus, quand il passa devant le café à six heures du soir. Les Irlandais témoins de ces indignes méfaits, attaquèrent la maison, brisèrent les carreaux, et, sans l’intervention de la police, ils auraient causé de grands dommages. Comme c’était lundi, les oisifs s’attroupèrent et la rue devint bientôt impraticable. Il fallut une forte escouade de police pour les évacuer.

“Le lendemain, une nouvelle attaque a eu lieu, et si l’autorité ne prend des mesures énergiques, on pourrait avoir à déplorer de grands malheurs.”

 

Les admirateurs de Gavazzi en cette ville paraissent décidés à se couvrir de honte et d’ignominie avant de perdre le souvenir du moine prévaricateur. Gavazzi leur a dit, “ne m’appelez pas protestant, mais destructeur.” Ils ont si bien goûté ce principe de destruction qu’ils s’efforcent aujourd’hui de le mettre en pratique.

En 1849, cette même classe d’hommes, ou à peu près la même, s’était acquis le titre de Vandals, par la destruction de bâtisses publiques et privées et des bibliothèques de la province, aujourd’hui elle se fait Iconoclaste, et brise les images. Oui, lecteurs, les admirateurs de Gavazzi, ont trouvé parmi eux un homme assez lâche, assez vil, assez perdu d’honneur pour aller assouvir son fanatisme par la destruction d’un portrait devenu la propriété de la cité. Ce portrait était un chef d’oeuvre de prix qui faisait le plus grand honneur à notre artiste canadien M. T. Hamel, et par conséquent, outre l’outrage criminel que comporte sa destruction intentionnelle, c’est un vol presque sacrilège.

Nous regrettons de dire que les badinages indécents de la Gazette et le ton de persiflage qu’elle employe pour rapport cet acte honteux, commis dans l’ombre, font penser qu’il était prémidité et convenu d’avance. Lorsqu’elle dit qu’il est maintenant évident qu’on aurait dû adopter la proposition du conseiller Adams secondé par le conseiller Corse, pour faire enlever ce portrait de là, et que cet est l’effet de l’absence de procédure légale contre les auteurs du massacre du 9 juin, elle dit que ces gens là veulent à tout prix satisfaire leur haine, que la loi soit pour ou contre eux, c’est-à-dire qu’ils ne reconnaissent pas de loi, quand ils veulent exercer une vengeance qui n’a pas de cause.  Est-ce possible que Montréal nourrira longtemps encore dans son sein des vagabonds comme ceux-là, qui peuvent en un jour, ou une nuit détruire à tout jamais le crédit de la cité? Tous les hommes honnêtes gémissent de voir un pareil état de choses, et il est à espérer qu’on va prendre des mesures pour, tâcher d’appréhender le vilain qui s’est introduit ainsi furtivement durant la nuit de lundi à mardi, dans l’enceinte des délibérations du conseil pour commettre cet outrage révoltant. On nous dit qu’une nouvelle copie de ce portrait remplacera bientôt celle qui a été mutilée.  Si les admirateurs de Gavazzi et de la Gazette de Montréal et du Witness, sur qui l’opinion rejettera la honte et la responsabilité de ce crime, étaient aussi délicats que l’ont été les irlandais catholiques de Griffintown, lorsque des intrus ont brisé le chassis d’une chapelle protestante, ils exprimeraient leur réprobation du fait de la même manière. Mais on ne peut pas attendre un seul sentiment de délicatesse de la part des gens qui ont si peu de pudeur qu’ils font du badinage à propos d’un crime aussi atroce.

Tout Montréal rougit dMune aussi noire infamie, les admirateurs de Gavazzi exceptés. Quand nous disons les admirateurs de Gavazzi, qu’on n’aille pas croire que nous voulons dire tous les protestants ; Oh! Non, il n’y a certainement pas un protestant respectable qui ne rougisse de cet acte ; On nous dit même que plusieurs d’entre eux seront des premiers à proposer qu’une nouvelle copie de ce portrait remplace l’ancienne. Il faut que ce portrait soit replacé. Voici du reste les réflexions judicieuses que fait le Herold à ce sujet :

“Nous avons honte d’annoncer que le portrait du maire, dans l’Hôtel de Ville, a été défiguré, par l’enlèvement de la partie de la toile sur laquelle la tête et les épaules étaient peintes.─Le personnage qui a commis cet outrage semble avoir été armée d’une sorte d’arme tranchante au bout d’une canne avec laquelle elle a pu enlver le morceau. Quelque soit l’opinion que l’on puisse avoir de la conduite de M. Wilson, un autre qui se croira offensé par M. McGill, pourra en faire autant au portrait de ce monsieur ; et un troisième pourra brûler la maison de son voisin. La probabilité est, que le perprétateur de cette offense s’est caché dans la chambre du conseil, le soir, de sorte que, s’il eut désiré, il eut tout aussi bien pu mettre le feu à la bâtisse que détruire le portrait. Cette considération expose toute notre société à un état d’insécurité. Il ne peut pas y avoir de paix ou d’ordre ou de sûreté, quand les individus prendront sur eux-mêmes d’exercer ces vengeances que l’homme le plus vil, et le plus lâche peut exercer dans les ténèbres sur la personne ou la propriété du plus brave et du plus honnête homme.

Le destructeur Gavazzi n’a pas fait mal au’à Montréal ; ses prédications ont eu d’aussi fâcheux résultats à lLondres. Qu’on lise ce qui suit, et on pourra juger du bien qu’il fait au monde. C’est le Globe de Londres qui parle :

“Depuis plusieurs jours, le quartier de Holhorn à Londres est le théâtre de désordres assez graves, par suite de la mésintelligence qui existe entre les réfugiés italiens amis et partisants du père Gavazzi, et les nombreux irlandais qui habitent ce quartier. La cause de la querelle est politique et religieuse. Il paraît que les réfugiés italiens de 1848 ont fait de cet endroit leur lieu de rendez-vous, et y ont amassé des haines contre le clergé catholique qui officie dans le district ; ils ont été jusqu’à commettre une tentative d’assassinat sur un prêtre italien qu’ils avaient reconnu comme un aristocrate, autrefois ennemi de la cause populaire en Italie. On crut que le déplacement de ce révérend diminuerait la mésintelligence, mais il n’en fut pas ainsi, car les prêtres irlandais qui l’ont remplacé, MM. Gilligan et O’Connor, ont été à diverses reprises insultés par les Italiens en traversant les rues.

“Dimanche soir, les choses en arrivèrent à de déplorables excès. Le révérend M. Galligan fut attaqué dans Baldwin’s Gardens, et les assaillants se réfugièrent dans une taverne tenue par un Italien nommé Tresoldi. Cet attentat fut suivi d’un autre sur la personne de M. O’Connor, qui fut renversé et maltraité par les mêmes individus, quand il passa devant le café à six heures du soir. Les Irlandais témoins de ces indignes méfaits, attaquèrent la maison, brisèrent les carreaux, et, sans l’intervention de la police, ils auraient causé de grands dommages. Comme c’était lundi, les oisifs s’attroupèrent et la rue devint bientôt impraticable. Il fallut une forte escouade de police pour les évacuer.

“Le lendemain, une nouvelle attaque a eu lieu, et si l’autorité ne prend des mesures énergiques, on pourrait avoir à déplorer de grands malheurs.”