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Texte de l'article intégral

La Minerve
24 octobre 1850

Présentation de l’exposition industrielle


Nous avons promis de revenir sur le sujet et nous avons plusieurs raisons pour nous engager à accomplir notre promesse. On a fait des reproches aux Canadiens-français, sous prétexte qu’ils n’ont pas assez contribué à l’exposition ; nous avons voulu prendre sur nous de repousser ce reproche et de démontrer son peu de fondement. Pour commencer, nous avons fait voir que les découvertes les plus récentes, les plus précieuses, tout à fait canadiennes, et inconnues ailleurs ont été faites par des Canadiens-français, sans nier que les autres origines ont peut-être proportionnellement fourni plus en ce qui concerne les choses d’ornement et le perfectionnement des objets depuis longtemps en usage dans tous les pays, comme les meubles de ménage, par exemple. Mais qu’est-ce qui a pu frapper l’œil d’un étranger dans ce qu’ils ont produit? Rien que nous sachions, à part les minéraux de M. Logan ; et dans cette partie même les objets les plus précieux sont apportés par des Canadiens-français. Ces derniers ont produit en moins grande quantité, mais encore une fois, tous les objets particuliers au pays viennent d’eux, et c’est la partie la plus intéressante pour l’exposition universelle. Qu’on ait fait des tapis, des haches, des chandelles, des chaises, des couchettes, des voitures, des tables, etc., d’une grande perfection, c’est bel et bon, mais après tout, ce que sont que des imitations qui occuperont ailleurs un rang inférieur pour la plûpart. Mais en serait-il ainsi de l’huile de marsouin préparée par M. Têtu, de la Rivière-Ouelle? en serait-il ainsi pour le cuir du même animal aussi préparé par M. Têtu, par un procédé inconnu jusqu’ici sur la surface du globe? En serait-il ainsi du canon de Larochelle? En serait-il ainsi de la machine à presser et à trancher les livres, inventée par M. O. Beauchemin, relieur de cette cité? Nous devons dire en passant que la valeur de cette invention n’a pas été bien comprise, et elle n’a probablement pas attiré l’attention des juges, parce qu’elle n’était pas montée sur du bois précieux et d’un travail bien fini et bien éclatant. Cependant M. Beauchemin n’exhibait cet objet que pour faire comprendre son utilité et sa supériorité sur toues les machines à trancher en usage ici. Cette machine est un essai, c’est la première de ce genre, et elle était en usage dans la boutique de M. Beauchemin, quand nous lui avons suggéré de l’envoyer à l’exposition. Voilà pourquoi le bois n’était pas d’un travail bien perfectionné, mais le prix de l’invention était une chose à considérer. Ses avantages ont été si bien compris par un relieur de Boston, qu’il est allé de suite chez M. Beauchemin, pour en prendre la description par écrit, afin d’en faire son usage.  Comme machine nouvelle et unique dans les salles de l’exposition, il nous semble que la presse à trancher de M. Beauchemin devait mériter quelque chose de plus qu’un coup d’œil indifférent. ─ Nous pourrions en dire presque autant du moulin de M. Dubois,  pour battre, vanner et moudre tout à la fois, ou battre et vanner quand on le veut. ‘. Dubois est un homme sans moyen qui n’a pas même d’outils à volonté, et par conséquent son moulin est d’un travail grossier, mais le principe sur lequel il est construit doit avoir un mérite et un mérite plus grand que la confection d’une belle « cage à oiseau » qui a obtenu un prix de quinze chelins! Une autre découverte récente qui est susceptible d’avoir une grande valeur par la suite pour la province, est celle de la tourbe combustible, par le Dr. Boutillier de St. Hyacinthe. Nous sommes heureux de pouvoir dire que cet article n’a pas été oublié par les juges, non plus que les différentes espèces d’ocre envoyé de diverses parties du Bas-Canada.

À Dieu ne plaise que nous voulions faire des mauvaises difficultés aux juges, nous savons que leurs devoirs étaient ardus et qu’il leur était difficile de ne pas se tromper, mais nous devons faire notre pensée ; et nous sommes tenus de l’exprimer d’autant plus fortement que la presse anglaise a semblé se faire un système de n’apprécier et de ne préconiser que ci qui est anglais. Comme cette presse est la seule qui soit comprise en Angleterre, elle aurait dû monter plus d’impartialité. Dans leurs appréciations, c’est à peine si nos confrères ont condescendu à nommer un nom Canadien-français. Qu’on lise ces journaux, et on croira que c’est une affaire toute anglaise. C’est peut-être sans mauvaise volonté, mais la chose est si générale, qu’elle paraît être concertée. Notre confrère du Transcript, par exemple, après avoir justement vanté les magnifiques peintures de MM. Arthur et Ramsay, et de M. Kreighoff ; les meubles de MM. Read et Menkins, ceux de MM. Hilton et Baird ; les voitures de Wright & McLean, de M. O’Meara et de M. Saurin, oublié de mentionner le nom de M. Ed. Gingras. Après avoir fait mention honorable des manufactures de MM. Dickson et Barber, des haches excellentes de M. Shaw de Toronto ; après avoir parlé du prix accordé à MM. Willock et Fitts pour biscuits, ajoute : « il y a un autre article qui a attiré quelqu’attention, c’est le cuir de marsouin ; » mais au lieu de nommer M. Têtu comme étant l’inventeur et l’exposant d’un article aussi précieux, comme il avait fait dans les cas précédents, il se contente de dire ; made below Quebec, « fait en bas Québec. » Le nom de l’inventeur lui importe peu, c’est un nom Canadien. Cependant il s’empresse d’ajouter ; « à propos du cuir, nous ne devons pas oublier de mentionner que M. Dangerfield a produit d’excellents spécimens de chaussures de dames et de messieurs. »   

Après avoir dit que les savons et les chandelles de MM. Mathewson ne sont nullement inférieurs aux articles de ce genre que l’on importe des autres pays ; après avoir parlé avantageusement des poêles exhibés par M. Ladd et des charrues de M. A. Fleck, il en vient aux ouvrages à l’aiguille ; et il dit que les morceaux brodés par Mme. Bennett, de Beauharnois, sont réellement merveilleux et qu’il pourrait en dire autant d’un oiseau en relief brodé en laine par une sœur de la congrégation. Le nom de cette sœur de la congrégation est en toutes lettres sur le magnifique écran, c’est celui de Delle. C. Berthelet, Comme c’est un nom français, notre confrère n’a pu le saisir.

« Il y avait aussi, dit-il, au haut de la salle un bien beau fauteuil brodé en laine, qui venait de la rue St. Gabriel, » (wich came from Gabriel Street!) Ne dirait-on pas qu’il y a là un souverain mépris des noms français? La broderie de ce fauteuil est sans contredit du premier mérite, et le nom de la demoiselle qui l’a exécuté n’est pas un nom inconnu dans la société Canadienne ; c’est l’œuvre de Mlle. Hermine Viger, nièce de Mde. St. Julien de l’Hôtel du Canada. ─Au moyen de périphrases de cette nature, notre confrère du Transcript a pu terminer son article sans prononcer un seul nom français, et nos autres confrères de la presse anglaise ont presque tous agi de la même manière. C’est contre ce système concerté que nous réclamons.

Notre confrère du Pilot nous dit ce matin que nous avons mal interpréter ses intentions, en lui répondant dans notre dernier numéro, il ne voulait pas établir une comparaison défavorable à nos compatriotes en disant qu’ils n’avaient pas assez contribué au succès de l’exposition ; et il ajoute que ce reproche peut aussi s’appliquer presqu’également à nos concitoyens des autres origines, qui ont de même besoin d’esprit d’émulation. Il peut en être ainsi, mais notre confrère voudra bien se rappeler qu’il n’avait mentionné que les Canadiens-français, et que son regret se portait uniquement sur eux. Cela seul suffisait pour mettre ses lecteurs sous une fausse impression. Nous comprenons bien que dans une affaire comme celle-là, c’est une rivalité d’industrie qu’il faut et non pas une rivalité de races, cependant nous sommes obligés de prendre la question sous ce point de vue, parce qu’il y a eu des négligences à notre égard dès le commencement.

Puisqu’on voulait appeler les canadiens français à ce concours et leur donner franche concurrence, pourquoi n’a-t-on élu qu’un seul secrétaire qui n’entend pas leur langue? Le secrétaire, comme de raison, avec son zèle et son activité, a rendu de très-grands services à la population anglaise, il a pu facilement communiquer avec elle, avec les personnes influentes de toutes les localités qui entendent sa langue. Il n’a pu communiquer officiellement qu’avec les journaux publiés en langue anglaise ; il est vrai que nous avons eu parfois des traductions, mais ce n’était que bien longtemps après les autres journaux, et par fois nous avons été dans la nécessité de faire les traductions nous-mêmes, pour que nous compagnons puissent prendre connaissance des intentions du comité de direction.  Ce système n’était pas propre à intéresser également les deux origines dans cette grande affaire. Nous avons compris cela dès le commencement, et nous en avons fait la remarque, et aujourd’hui nous en sommes convaincu plus que jamais. Sans vouloir rien dire contre le secrétaire, qui ne manque certainement pas d’habileté, nous pensons que s’il eût compris la langue française, ou s’il eût un co-adjuteur français, ses services auraient été encore plus précieux, car on n’aurait pas le déplaisir aujourd’hui de voir dans la liste des prix, la plûpart des noms Canadiens-français défigurés ou anglifiés. S’il y avait eu un secrétaire français, peut-être aurions nous pu obtenir cette liste au moins vingt-quatre heures après nos confrères de la presse anglaise. En voilà assez, pensons-nous, pour prouver que l’indifférence ne vient pas de nos compatriotes. Nous sommes même étonné du montant d’objets qu’ils ont fournis et de l’intérêt qu’ils ont manifesté pour cette exposition industrielle ; et nous savons bien qu’ils auraient pu contribuer dans une proportion bien plus grande, si le comité d’exécution eut pu communiquer plus facilement avec eux.

Nous publierons la liste des prix, d’après les journaux anglais si elle ne nous vient pas en français. Dans la classe des produits d’agriculture, le nom de M. P. Déjardins, de Terrebonne, figure avantageusement, il a remporté un prix de £1 10s pour du sarrasin ; et de £3 pour de la graine de lin ; M. B. Déjardins, de Ste. Rose, un prix de £5 pour de la graine de lin. M. C. Fournier, de Longueuil, a obtenu un prix de £1 5 pour ses fèves. M. S. Uberdeau de Ste. Anne, un prix de £2 pour de la graine de mil : M. Bastien de Ste. Rose un prix de £1 10 pour de la filasse ; M. Richer de St. Laurent, un prix de £3 10 pour de la farine de blé d’Inde. Nous avons remarqué que M. Laurent de Varennes avait apporté du blé d’une excellente qualité et M. Christophe Préfontaine, de Longueuil, du bien beau blé d’Inde. M. Joseph Bastien de St. Martin avait aussi exhibé de belles fèves. M. P. Bélaire de Ste. Rose a obtenu un prix de £3 pour du tabac, et Mde. Lamère, de Montréal, un prix de £1 10.

Dans d’autres branches importantes, pour  des minéraux, M. Marcotte de Portneuf, a eu un prix de £3, le Capit. Morin, de St. Valier, £2 ; pour différentes sortes de briques, MM. Compte et Peel, trois prix de £2 10 chaque.

Les chapeaux en paille de Mde. Couture et des Delles Martel, et Duchesne, de Québec ont obtenu plusieurs prix et sont recommandés pour l’Angleterre, ainsi que les biscuits de M. Leduc, de Montréal.

MM. François et Joseph Parisault de St. Martin, ont remporté des prix pour dix sortes de bois, et M. le Dr. Léprohon, de St. Charles, un prix pour l’érable ondée. M. O. St. Amand, de Québec, un prix de £3 pour de l’érable piquée en feuille. Le jeune Rodier de St. Hyacinthe, un prix de £5 pour sa locomotive. M. N. St. Onge, de St. Léon, £2 1s. pour son « arrache-souche, » et M. A. Morin de Québec, £1, pour le sien.

M. LaRochelle, pour son canon, Mé Têtu pour son huile et son cuir, et M. Gingras, pour ses voitures. M. Laflamme, de Montréal, deux prix pour tapis cirés. Mde. Bouchard, pour de la filasse ; M. L. LaFontaine, de Chambly, un prix pour de la flanelle du pays ; M. Bullet, de Montréal, plusieurs prix pour ses ouvrages en marbre, et M. Berlinguet de Québec, pour statue de bois : MM. Bureau et Marcotte, de Québec, pour l’impression de livres et pour lettres d’ornement. M. Sasseville, pour son calice.

Mademoiselle H. Viger, un premier prix pour broderie de goût, en laine.

Nous espérons qu’une autre année, avec plus de temps pour s’y préparer, on verra encore quelque chose de mieux cette année.

Nous n’avons pas enocre vu la liste des prix pour l’Exposition de volailles. Cette exposition étant en grande partie dûe à M. Guilbault, de la Côte des Neiges, nous supposons qu’il a dû recueillir une partie des couronnes. Sa collection d’oiseaux a paru supérieure à toutes les autres.

Banquet des artisans

Dans notre chronique des évènements de la semaine dernière, nous avions omis forcément de dire un mot du dîner des artisans qui a eu lieu samedi soir, à l’Hôtel de Mack, sous les auspices de l’Institut des Artisans. Ce n’est pas que nous regardions ce banquet comme une des circonstances les moins remarquables et les moins dignes de remarques ; au contraire, il en est peu qui ont produit une pareille gaieté et qui ont laissé les esprits aussi au dessus de tous les soucis de la semaine que le dîner de samedi soir.

Vers six heures, près de cent-cinquante artisans avec leurs amis, prirent place autour d’une table bien fournie. M. Spiers, Président de l’Institut, était au fauteuil, supporté à la droite par son Honneur le Maire, à la gauche par M. Cumberland, Secrétaire de la « Commission pour l’Exposition Industrielle, » et Vice-Président de l’Institut des artisans de Toronto. MM. Meakins et Bulmer agissaient comme croupiers.

Le repas terminé, le président offrit le toast de la Reine qu’il accompagna de remarques appropriées et qui fut reçu avec tous les honneurs convenables, ainsi que tous les toasts suivants :

Le Prince Albert et la famille Royale : ─ Le Gouverneur Général : ─ « Les arts et les manufactures du Canada : » ─ accompagné d’un discours et d’une chanson.

« L’agriculture et les cultivateurs du Canada, » ─ avec une réponse d’un Bas-Canadien et d’un Haut-Canadien.

« Succès à l’Exposition Industrielle de 1851, » ─ réponse et chanson : ─

« Le Maire et la Corporation, » réponse par son Honneur le Maire et M. McFarlane.

« Le président et le peuple des États-Unis : » réponse par un Américain : ─

« Nos hôtes, » réponses par un citoyen de Montréal et un de Toronto : ─

« L’Institut des Artisans de Montréal ; » « Le comité d’Exécution de l’Exposition Industrielle ; » réponse par M. Bristow : ─

« La Comtesse d’Elgin et les Dames du Canada ; » réponse et chanson : ─

« La Presse ; » réponse par M. Kinnear : ─

« L’Institut des Artisans de Toronto ; » réponse par un citoyen de Toronto.

 

Nous avons promis de revenir sur le sujet et nous avons plusieurs raisons pour nous engager à accomplir notre promesse. On a fait des reproches aux Canadiens-français, sous prétexte qu’ils n’ont pas assez contribué à l’exposition ; nous avons voulu prendre sur nous de repousser ce reproche et de démontrer son peu de fondement. Pour commencer, nous avons fait voir que les découvertes les plus récentes, les plus précieuses, tout à fait canadiennes, et inconnues ailleurs ont été faites par des Canadiens-français, sans nier que les autres origines ont peut-être proportionnellement fourni plus en ce qui concerne les choses d’ornement et le perfectionnement des objets depuis longtemps en usage dans tous les pays, comme les meubles de ménage, par exemple. Mais qu’est-ce qui a pu frapper l’œil d’un étranger dans ce qu’ils ont produit? Rien que nous sachions, à part les minéraux de M. Logan ; et dans cette partie même les objets les plus précieux sont apportés par des Canadiens-français. Ces derniers ont produit en moins grande quantité, mais encore une fois, tous les objets particuliers au pays viennent d’eux, et c’est la partie la plus intéressante pour l’exposition universelle. Qu’on ait fait des tapis, des haches, des chandelles, des chaises, des couchettes, des voitures, des tables, etc., d’une grande perfection, c’est bel et bon, mais après tout, ce que sont que des imitations qui occuperont ailleurs un rang inférieur pour la plûpart. Mais en serait-il ainsi de l’huile de marsouin préparée par M. Têtu, de la Rivière-Ouelle? en serait-il ainsi pour le cuir du même animal aussi préparé par M. Têtu, par un procédé inconnu jusqu’ici sur la surface du globe? En serait-il ainsi du canon de Larochelle? En serait-il ainsi de la machine à presser et à trancher les livres, inventée par M. O. Beauchemin, relieur de cette cité? Nous devons dire en passant que la valeur de cette invention n’a pas été bien comprise, et elle n’a probablement pas attiré l’attention des juges, parce qu’elle n’était pas montée sur du bois précieux et d’un travail bien fini et bien éclatant. Cependant M. Beauchemin n’exhibait cet objet que pour faire comprendre son utilité et sa supériorité sur toues les machines à trancher en usage ici. Cette machine est un essai, c’est la première de ce genre, et elle était en usage dans la boutique de M. Beauchemin, quand nous lui avons suggéré de l’envoyer à l’exposition. Voilà pourquoi le bois n’était pas d’un travail bien perfectionné, mais le prix de l’invention était une chose à considérer. Ses avantages ont été si bien compris par un relieur de Boston, qu’il est allé de suite chez M. Beauchemin, pour en prendre la description par écrit, afin d’en faire son usage.  Comme machine nouvelle et unique dans les salles de l’exposition, il nous semble que la presse à trancher de M. Beauchemin devait mériter quelque chose de plus qu’un coup d’œil indifférent. ─ Nous pourrions en dire presque autant du moulin de M. Dubois,  pour battre, vanner et moudre tout à la fois, ou battre et vanner quand on le veut. ‘. Dubois est un homme sans moyen qui n’a pas même d’outils à volonté, et par conséquent son moulin est d’un travail grossier, mais le principe sur lequel il est construit doit avoir un mérite et un mérite plus grand que la confection d’une belle « cage à oiseau » qui a obtenu un prix de quinze chelins! Une autre découverte récente qui est susceptible d’avoir une grande valeur par la suite pour la province, est celle de la tourbe combustible, par le Dr. Boutillier de St. Hyacinthe. Nous sommes heureux de pouvoir dire que cet article n’a pas été oublié par les juges, non plus que les différentes espèces d’ocre envoyé de diverses parties du Bas-Canada.

À Dieu ne plaise que nous voulions faire des mauvaises difficultés aux juges, nous savons que leurs devoirs étaient ardus et qu’il leur était difficile de ne pas se tromper, mais nous devons faire notre pensée ; et nous sommes tenus de l’exprimer d’autant plus fortement que la presse anglaise a semblé se faire un système de n’apprécier et de ne préconiser que ci qui est anglais. Comme cette presse est la seule qui soit comprise en Angleterre, elle aurait dû monter plus d’impartialité. Dans leurs appréciations, c’est à peine si nos confrères ont condescendu à nommer un nom Canadien-français. Qu’on lise ces journaux, et on croira que c’est une affaire toute anglaise. C’est peut-être sans mauvaise volonté, mais la chose est si générale, qu’elle paraît être concertée. Notre confrère du Transcript, par exemple, après avoir justement vanté les magnifiques peintures de MM. Arthur et Ramsay, et de M. Kreighoff ; les meubles de MM. Read et Menkins, ceux de MM. Hilton et Baird ; les voitures de Wright & McLean, de M. O’Meara et de M. Saurin, oublié de mentionner le nom de M. Ed. Gingras. Après avoir fait mention honorable des manufactures de MM. Dickson et Barber, des haches excellentes de M. Shaw de Toronto ; après avoir parlé du prix accordé à MM. Willock et Fitts pour biscuits, ajoute : « il y a un autre article qui a attiré quelqu’attention, c’est le cuir de marsouin ; » mais au lieu de nommer M. Têtu comme étant l’inventeur et l’exposant d’un article aussi précieux, comme il avait fait dans les cas précédents, il se contente de dire ; made below Quebec, « fait en bas Québec. » Le nom de l’inventeur lui importe peu, c’est un nom Canadien. Cependant il s’empresse d’ajouter ; « à propos du cuir, nous ne devons pas oublier de mentionner que M. Dangerfield a produit d’excellents spécimens de chaussures de dames et de messieurs. »   

Après avoir dit que les savons et les chandelles de MM. Mathewson ne sont nullement inférieurs aux articles de ce genre que l’on importe des autres pays ; après avoir parlé avantageusement des poêles exhibés par M. Ladd et des charrues de M. A. Fleck, il en vient aux ouvrages à l’aiguille ; et il dit que les morceaux brodés par Mme. Bennett, de Beauharnois, sont réellement merveilleux et qu’il pourrait en dire autant d’un oiseau en relief brodé en laine par une sœur de la congrégation. Le nom de cette sœur de la congrégation est en toutes lettres sur le magnifique écran, c’est celui de Delle. C. Berthelet, Comme c’est un nom français, notre confrère n’a pu le saisir.

« Il y avait aussi, dit-il, au haut de la salle un bien beau fauteuil brodé en laine, qui venait de la rue St. Gabriel, » (wich came from Gabriel Street!) Ne dirait-on pas qu’il y a là un souverain mépris des noms français? La broderie de ce fauteuil est sans contredit du premier mérite, et le nom de la demoiselle qui l’a exécuté n’est pas un nom inconnu dans la société Canadienne ; c’est l’œuvre de Mlle. Hermine Viger, nièce de Mde. St. Julien de l’Hôtel du Canada. ─Au moyen de périphrases de cette nature, notre confrère du Transcript a pu terminer son article sans prononcer un seul nom français, et nos autres confrères de la presse anglaise ont presque tous agi de la même manière. C’est contre ce système concerté que nous réclamons.

Notre confrère du Pilot nous dit ce matin que nous avons mal interpréter ses intentions, en lui répondant dans notre dernier numéro, il ne voulait pas établir une comparaison défavorable à nos compatriotes en disant qu’ils n’avaient pas assez contribué au succès de l’exposition ; et il ajoute que ce reproche peut aussi s’appliquer presqu’également à nos concitoyens des autres origines, qui ont de même besoin d’esprit d’émulation. Il peut en être ainsi, mais notre confrère voudra bien se rappeler qu’il n’avait mentionné que les Canadiens-français, et que son regret se portait uniquement sur eux. Cela seul suffisait pour mettre ses lecteurs sous une fausse impression. Nous comprenons bien que dans une affaire comme celle-là, c’est une rivalité d’industrie qu’il faut et non pas une rivalité de races, cependant nous sommes obligés de prendre la question sous ce point de vue, parce qu’il y a eu des négligences à notre égard dès le commencement.

Puisqu’on voulait appeler les canadiens français à ce concours et leur donner franche concurrence, pourquoi n’a-t-on élu qu’un seul secrétaire qui n’entend pas leur langue? Le secrétaire, comme de raison, avec son zèle et son activité, a rendu de très-grands services à la population anglaise, il a pu facilement communiquer avec elle, avec les personnes influentes de toutes les localités qui entendent sa langue. Il n’a pu communiquer officiellement qu’avec les journaux publiés en langue anglaise ; il est vrai que nous avons eu parfois des traductions, mais ce n’était que bien longtemps après les autres journaux, et par fois nous avons été dans la nécessité de faire les traductions nous-mêmes, pour que nous compagnons puissent prendre connaissance des intentions du comité de direction.  Ce système n’était pas propre à intéresser également les deux origines dans cette grande affaire. Nous avons compris cela dès le commencement, et nous en avons fait la remarque, et aujourd’hui nous en sommes convaincu plus que jamais. Sans vouloir rien dire contre le secrétaire, qui ne manque certainement pas d’habileté, nous pensons que s’il eût compris la langue française, ou s’il eût un co-adjuteur français, ses services auraient été encore plus précieux, car on n’aurait pas le déplaisir aujourd’hui de voir dans la liste des prix, la plûpart des noms Canadiens-français défigurés ou anglifiés. S’il y avait eu un secrétaire français, peut-être aurions nous pu obtenir cette liste au moins vingt-quatre heures après nos confrères de la presse anglaise. En voilà assez, pensons-nous, pour prouver que l’indifférence ne vient pas de nos compatriotes. Nous sommes même étonné du montant d’objets qu’ils ont fournis et de l’intérêt qu’ils ont manifesté pour cette exposition industrielle ; et nous savons bien qu’ils auraient pu contribuer dans une proportion bien plus grande, si le comité d’exécution eut pu communiquer plus facilement avec eux.

Nous publierons la liste des prix, d’après les journaux anglais si elle ne nous vient pas en français. Dans la classe des produits d’agriculture, le nom de M. P. Déjardins, de Terrebonne, figure avantageusement, il a remporté un prix de £1 10s pour du sarrasin ; et de £3 pour de la graine de lin ; M. B. Déjardins, de Ste. Rose, un prix de £5 pour de la graine de lin. M. C. Fournier, de Longueuil, a obtenu un prix de £1 5 pour ses fèves. M. S. Uberdeau de Ste. Anne, un prix de £2 pour de la graine de mil : M. Bastien de Ste. Rose un prix de £1 10 pour de la filasse ; M. Richer de St. Laurent, un prix de £3 10 pour de la farine de blé d’Inde. Nous avons remarqué que M. Laurent de Varennes avait apporté du blé d’une excellente qualité et M. Christophe Préfontaine, de Longueuil, du bien beau blé d’Inde. M. Joseph Bastien de St. Martin avait aussi exhibé de belles fèves. M. P. Bélaire de Ste. Rose a obtenu un prix de £3 pour du tabac, et Mde. Lamère, de Montréal, un prix de £1 10.

Dans d’autres branches importantes, pour  des minéraux, M. Marcotte de Portneuf, a eu un prix de £3, le Capit. Morin, de St. Valier, £2 ; pour différentes sortes de briques, MM. Compte et Peel, trois prix de £2 10 chaque.

Les chapeaux en paille de Mde. Couture et des Delles Martel, et Duchesne, de Québec ont obtenu plusieurs prix et sont recommandés pour l’Angleterre, ainsi que les biscuits de M. Leduc, de Montréal.

MM. François et Joseph Parisault de St. Martin, ont remporté des prix pour dix sortes de bois, et M. le Dr. Léprohon, de St. Charles, un prix pour l’érable ondée. M. O. St. Amand, de Québec, un prix de £3 pour de l’érable piquée en feuille. Le jeune Rodier de St. Hyacinthe, un prix de £5 pour sa locomotive. M. N. St. Onge, de St. Léon, £2 1s. pour son « arrache-souche, » et M. A. Morin de Québec, £1, pour le sien.

M. LaRochelle, pour son canon, Mé Têtu pour son huile et son cuir, et M. Gingras, pour ses voitures. M. Laflamme, de Montréal, deux prix pour tapis cirés. Mde. Bouchard, pour de la filasse ; M. L. LaFontaine, de Chambly, un prix pour de la flanelle du pays ; M. Bullet, de Montréal, plusieurs prix pour ses ouvrages en marbre, et M. Berlinguet de Québec, pour statue de bois : MM. Bureau et Marcotte, de Québec, pour l’impression de livres et pour lettres d’ornement. M. Sasseville, pour son calice.

Mademoiselle H. Viger, un premier prix pour broderie de goût, en laine.

Nous espérons qu’une autre année, avec plus de temps pour s’y préparer, on verra encore quelque chose de mieux cette année.

Nous n’avons pas enocre vu la liste des prix pour l’Exposition de volailles. Cette exposition étant en grande partie dûe à M. Guilbault, de la Côte des Neiges, nous supposons qu’il a dû recueillir une partie des couronnes. Sa collection d’oiseaux a paru supérieure à toutes les autres.

Banquet des artisans

Dans notre chronique des évènements de la semaine dernière, nous avions omis forcément de dire un mot du dîner des artisans qui a eu lieu samedi soir, à l’Hôtel de Mack, sous les auspices de l’Institut des Artisans. Ce n’est pas que nous regardions ce banquet comme une des circonstances les moins remarquables et les moins dignes de remarques ; au contraire, il en est peu qui ont produit une pareille gaieté et qui ont laissé les esprits aussi au dessus de tous les soucis de la semaine que le dîner de samedi soir.

Vers six heures, près de cent-cinquante artisans avec leurs amis, prirent place autour d’une table bien fournie. M. Spiers, Président de l’Institut, était au fauteuil, supporté à la droite par son Honneur le Maire, à la gauche par M. Cumberland, Secrétaire de la « Commission pour l’Exposition Industrielle, » et Vice-Président de l’Institut des artisans de Toronto. MM. Meakins et Bulmer agissaient comme croupiers.

Le repas terminé, le président offrit le toast de la Reine qu’il accompagna de remarques appropriées et qui fut reçu avec tous les honneurs convenables, ainsi que tous les toasts suivants :

Le Prince Albert et la famille Royale : ─ Le Gouverneur Général : ─ « Les arts et les manufactures du Canada : » ─ accompagné d’un discours et d’une chanson.

« L’agriculture et les cultivateurs du Canada, » ─ avec une réponse d’un Bas-Canadien et d’un Haut-Canadien.

« Succès à l’Exposition Industrielle de 1851, » ─ réponse et chanson : ─

« Le Maire et la Corporation, » réponse par son Honneur le Maire et M. McFarlane.

« Le président et le peuple des États-Unis : » réponse par un Américain : ─

« Nos hôtes, » réponses par un citoyen de Montréal et un de Toronto : ─

« L’Institut des Artisans de Montréal ; » « Le comité d’Exécution de l’Exposition Industrielle ; » réponse par M. Bristow : ─

« La Comtesse d’Elgin et les Dames du Canada ; » réponse et chanson : ─

« La Presse ; » réponse par M. Kinnear : ─

« L’Institut des Artisans de Toronto ; » réponse par un citoyen de Toronto.