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Texte de l'article intégral

La Minerve
21 octobre 1850

Présentation de l’exposition industrielle


Les salles de l’exposition ouvertes au public depuis jeudi le sont encore de ce moment et le seront pendant les trois premiers jours de cette semaine ; et le torrent de la population ne cesse de s’y porter. Notre magnifique collection d’objets d’industrie a déjà fait l’admiration des milliers de personnes qui l’ont visitée. Nous pouvons dire sans hésiter que cette Exposition a surpassé tout ce qu’on pouvait raisonnablement attendre du Canada. L’idée qu’on s’était faite jusqu’ici de l’industrie canadienne, à l’étranger et dans le pays même, a été complètement et favorablement déçue. Nous ne voulons pas dire par là que nous soyons au rang des peuples avancés sous le rapport de l’industrie, nous ne voulons pas dire non plus que notre exposition est ce qu’elle aurait pu être, si la période de temps fixée pour s’y préparer eut été plus étendue, mais nous voulons dire que cette collection, telle qu’elle est, parle très-hautement du progrès du Canada. Les personnes judicieuses n’attendaient pas autant d’un premier essai ; c’est ainsi que l’hon. M. Hincks s’est exprimé au dîner public et nous avons entendu des visiteurs de New York et de Boston exprimer leur très-grande surprise de voir quelque chose d’aussi parfait. Ce commencement est un puissant encouragement pour nous, et devra nous conduire à des résultats importants.

Nous aimons à constater que beaucoup de cultivateurs canadiens sont venus visiter les salles de l’exposition ; c’est un signe qu’ils prennent de l’intérêt à la chose et ils n’ont pu manquer d’en retirer de très-grand avantages. Pendant les deux premiers jours de l’exposition, il est entré près de 9,000 visiteurs au marché Bonsecours, et l’intérêt n’a fait que croître depuis le commencement.

Cependant des lettres dont le contenu a été publié à Québec samedi, font entendre que notre exposition est une affaire manquée, qu’elle n’a pas été « aussi considérable et aussi brillante qu’on s’y attendait. » Les seuls faits communiqués par ces lettres, sont que « le temps a été pluvieux, que la revue des troupes n’a pas eu lieu jeudi, que les visiteurs de Boston n’étaient pas aussi nombreux qu’on l’aurait pensé, qu’il y avait une querelle de sauvages dans la rue Notre-Dame, qu’on avait tiré les couteaux, que le cri de guerre avait été entendu, et que les Dames avaient été dans la nécessité de fuir précipitamment de tout côté de peur d’être présentes à quelque scène d’antropophagie ou de voir lever les chevelures!!! » Nous espérons que notre confrère va se hâter de donner à ses lecteurs des informations un peu mieux choisies, un peu plus dignes du sujet et de la population qui y est intéressée. Malgré le mauvais temps nos visiteur n’ont pas dû être désappointés, ils ont eu continuellement des moyens de distraction et de récréation. Il n’y a pas eu de scène dangereuse et disgracieuse dans la rue Notre-Dame, mais une querelle à peu près insignifiante sur le Champ de Mars. Ce n’était pas là la première chose qu’un observateur de bon goût eut dû signaler dans ses lettres, il eut dû exercer son jugement sur des choses plus élevées, et il n’en manquait pas.

Notre confrère du Pilot est tombé dans une autre erreur ; il reproche aux Bas-Canadiens ou Canadiens-français de n’avoir pas pris assez d’intérêt dans cette grande exposition, de n’avoir pas fourni assez de spécimens d’articles particuliers à la portion de la province qu’ils habitent. Comme le reste de la population, les Canadiens-français auraient sans doute fourni plus d’objets et d’articles mieux choisis, s’ils en avaient été prévenus plutôt, mais à la notre avis, ils ont fait assez pour ne pas mériter le reproche d’indifférence, et le Bas-Canada est certainement aussi bien représenter que le Haut dans les salles du marché Bonsecours, pour ne rien dire de plus. Les Canadiens-français n’ont peut-être pas assez fourni dans les choses d’ornement et les meubles de goût, ils n’ont peut-être pas contribué à la confection des articles, des chaises à l’antique, qu’on doit offrir à la Reine ; et nous devons dire en passant qu’ils n’ont pas à s’en repentir aujourd’hui, car l’ouvrage de MM. Beed et Meakins et autres, n’a pas paru aux yeux des visiteurs ce qu’il devrait être ; ces meubles ne sont pas sans mérite, mais nous craignons qu’ils ne puissent jamais figurer avec avantage au château de Windsor. Nous avons remarqué avec plaisir que les Canadiens ont assez fourni dans les articles d’une grande utilité.

A-t-on vu quelque chose de plus digne de toute l’attention du public que les objets exposés par M. Têtu, l’huile et le cuir de marsouin? Ces deux objets ont des propriétés particulières qui leur donnent une grande valeur et la découverte récente en est due à M. Têtu. Il a trouvé moyen de clarifié l’huile de marsouin et de la rendre aussi belle que l’huile d’olive, et elle a de plus la propriété de ne point se coaguler, à quelque froid qu’elle soit exposée et de produire une lumière très brillante. Le cuir de marsouin, cette autre découverte de M. Têtu, est supérieur à tous les cuirs connus et mis en usage jusqu’ici pour la force, la souplesse et la beauté, et les chaussures de ce cuir ont la bonne qualité de durer presqu’à l’infini, quelque soit l’usage qu’on en fasse. M. Têtu a inventé un procédé particulier pour tanner les peaux de marsouin et le cuir de poisson en général qui a l’avantage d’avoir un tissu également fort sur toutes les directions. Cette découverte est tellement précieuse qu’un Américain, connaisseur en ce genre, voulu s’entendre avec l’inventeur, pour avoir lui-même une patente de son gouvernement dans les États-Unis. Le district de Québec n’eut-il produit que ces deux objets, nous dirions qu’il a fourni les objets nouveaux les plus précieux pour le pays : c’est une mine très riche ouverte à l’exploitation.

Parmi les objets venus de Québec et des autres parties du Bas-Canada, il en est bien d’autres qui sont dignes d’attention et de mention. Le bois d’érable piquée, mis en feuilles au moyen d’une machine inventée par un jeune meublier canadien de Québec, pour servir au placage des meubles, a bien aussi sa valeur. Il en est de même de la boîte aux dix-huit sortes de bois faite par un canadien sous la surveillance de M. Drum. Les boîtes de chasseurs envoyées par M. Joseph Barbeau ne sont-elles pas d’un travail remarquable? L’or de la seigneurie de MM. Doléry est bien un article de quelque valeur. Parmi les ouvrages des femmes, les chapeaux des demoiselles Martel ne doivent-ils pas occuper un rang distingué ainsi que les ouvrages en laine, couvertures, châles, tricot, flanelle, bas et autres objets apportés de Québec et dont la plupart sont manufacturés par des femmes canadiennes-françaises? Dans le département géologique, on remarque des articles envoyés par des Canadiens de différentes parties du Bas-Canada ; M. Duberger, de la Malbaie, le capitaine J. Morin, de St. Valier, M. François Marcotte, de Portneuf, M. J. Proulx, de St. Eustache, &c, &c. En poursuivant notre visite dans la même partie de la salle de l’exposition, nous avons même remarqué près des admirables peintures de MM. Arthur et Ramsay, le buste en marbre de Monseigr. de Montréal par notre artiste Français M. Bullet, ainsi qu’une tête d’enfant admirablement exécutée par le même artiste. Plus loin nous avons vu que le meilleur et le plus beau fauteuil d’aisance sort de la boutique de M. Rey.

Les plus beaux ouvrages en broderie sur l’écorce sont de la main d’une dame Canadienne. Nous avons également remarqué une élégante pièce de broderie sur suie par les Dames de la Congrégation de Montréal. En fait d’argenterie, le calice envoyé de Québec par M. Sasseville, est d’un travail et d’un fini qui ne peuvent pas facilement être surpassés. ─ Le Canon de LaRochelle, se chargeant et déchargeant de lui-même est encore une invention unique et toute Canadienne qui atteste un génie mécanique supérieur. Nous regrettons que ce canon n’ait pas été exhibé pendant le premier jour. ─ Nous ne devons pas oublier de mentionner les échantillons de verre de la manufacture de MM. Lebert et Boden. Ce sont des objets qui méritent non seulement l’attention, mais l’encouragement du public. Ne devons nous pas mentionner aussi la petite locomotive, ce petit chef-d’œuvre, du jeune Rodier de St. Hyacinthe?  Ce petit bijou est seul une recommandation puissante pour le jeune homme ; il nous dit qu’il y a quelque chose de plus qu’ordinaire dans cette tête qui n’a pas encore seize printemps. Passons au département des fruits, des fleurs et des plantes d’ornement et nous trouverons encore que nos compatriotes y ont fourni leur quote part. De tous les tableaux que nous avons examinés dans les salles de l’exposition s’en trouve-t-il de supérieurs à ceux de notre artiste Canadien, M. Hamel?

Ce n’est pas par esprit de jalousie que nous faisons ainsi un examen partial, mais c’est uniquement pour constater que nos compatriotes n’ont pas été aussi indifférents que veut bien le dire le confrère que nous avons cité plus haut. Et d’ailleurs nous voulons par là attirer encore plus leur attention sur les avantages d’une exposition de ce genre, ce que nous ne pourrions faire en jetant le découragement chez eux et en les plaçant dans un état d’infériorité qu’ils ne méritent pas. Nous n’avons parcouru là qu’une seule des salles de l’exposition et nous pourrions trouver une liste de noms canadiens aussi bien remplie pour le moins dans l’autre partie, où l’on voit une grande variété de produits d’agriculture, d’horticulture, de machines à vapeur et autres, d’instruments aratoires, d’ustensiles de cuisine, de moulin à battre, à vanner, à moudre, à beurre, &c., des harnais et des voitures splendides d’hiver et d’été. En cela encore, nos compatriotes y sont pour leur part. Les voitures de M. Ed Gingras sont bien au nombre d’objets les plus remarquables. Nous avons vu du blé, di blé d’Inde, du sarrasin, des pois d’une qualité supérieure apportés par des Canadiens-français. On se plaint même de quelques injustices que nous ne sommes pas en état de constater nous-mêmes. On aurait accordé un prix pour des biscuits sans examiner assez bien ceux de M. Leduc.

En somme l’exposition de l’industrie provinciale ne peut que faire honneur au Canada et nous espérons qu’elle produira tout le bien qu’on peut en désirer. Nous obtiendrons prochainement des détails plus précis et nous dirons quelques mots encore sur l’adjudication des prix. Nous ferons peut-être aussi une autre appréciation de l’exposition sous un point de vue plus général pour rendre justice à tous et pour indiquer les objets manufacturés dans le pays qui ne le cèdent en rien aux objets de même nature qu’on importe de l’étranger : telles sont, par exemple, les couvertures de laine qui sortent des moulins de M. Gamble de Miltou, les savons et chandelles de Mathewson & Son de cette cité.

Le nombre d’articles exhibés s’élève à 5000, et le nombre de personnes qui les ont fournis est de 1,360.

LES RÉGATTES. ─ Dans notre feuille de jeudi soir, nous avons pu dire un mot des premières scènes de l’exposition provinciale ouverte ce jour-là. Nous en avions vu assez dès lors pour comprendre de quel intérêt public serait toute cette grande et importante affaire ; nous avions été témoin des régattes ou courses de chaloupes, sur le vaste sein du St. Laurent, vis-à-vis notre cité. Cependant nous n’avons pas pu en donner le résultat, ces joûtes aquatiques n’étant pas terminées quand nous mîmes sous presse. Voici quelques détails à ce sujet : ─

Chaloupes à quatre rames, 1ère classe.

Pour £25 : entrée £2 10s ; distance 3 milles,

Noms des Chaloupes.                                                                        Rangs

VIXEN…….. J. G. Sims, de Montréal                                                                1

JENNY LIND. J. Houghton, de Québec                                                             2

FAIRY QUEEN. A. D. Bell    do                                                            3

Chaloupes à quatre rames, 2me classe.

Pour £10 : entrée £1 5s ; distance 3 milles,

HOCHELAGA………………………………                                          1

JENNY LIND... Mr. Busby, de Montréal                                                3

BESSY……… Mr Medley, de Kingston                                                 2

Courses d’esquifs, 2 milles.

Prix : ─Coupe d’argent. entrée 5s

QUEEN…….. A. D. Bell, de Québec                                                     4

LADY ROWAND……….. de Montréal                                                 2

PEARL…….... J. Molson, de Montréal                                                              2

DART…….. Mr. Medley de Kingston                                                                1

Chaloupes à six rames

Prix, £12 ; distance, 3 milles ; entrée 30s.

ERIN GO-BRAGH… E. Charlton. Québec                                             1

GLANCE…………... A. Irving, Montréal                                               2

Ces coures ont été très-bien conduites et ont amusé le public.

 

Les salles de l’exposition ouvertes au public depuis jeudi le sont encore de ce moment et le seront pendant les trois premiers jours de cette semaine ; et le torrent de la population ne cesse de s’y porter. Notre magnifique collection d’objets d’industrie a déjà fait l’admiration des milliers de personnes qui l’ont visitée. Nous pouvons dire sans hésiter que cette Exposition a surpassé tout ce qu’on pouvait raisonnablement attendre du Canada. L’idée qu’on s’était faite jusqu’ici de l’industrie canadienne, à l’étranger et dans le pays même, a été complètement et favorablement déçue. Nous ne voulons pas dire par là que nous soyons au rang des peuples avancés sous le rapport de l’industrie, nous ne voulons pas dire non plus que notre exposition est ce qu’elle aurait pu être, si la période de temps fixée pour s’y préparer eut été plus étendue, mais nous voulons dire que cette collection, telle qu’elle est, parle très-hautement du progrès du Canada. Les personnes judicieuses n’attendaient pas autant d’un premier essai ; c’est ainsi que l’hon. M. Hincks s’est exprimé au dîner public et nous avons entendu des visiteurs de New York et de Boston exprimer leur très-grande surprise de voir quelque chose d’aussi parfait. Ce commencement est un puissant encouragement pour nous, et devra nous conduire à des résultats importants.

Nous aimons à constater que beaucoup de cultivateurs canadiens sont venus visiter les salles de l’exposition ; c’est un signe qu’ils prennent de l’intérêt à la chose et ils n’ont pu manquer d’en retirer de très-grand avantages. Pendant les deux premiers jours de l’exposition, il est entré près de 9,000 visiteurs au marché Bonsecours, et l’intérêt n’a fait que croître depuis le commencement.

Cependant des lettres dont le contenu a été publié à Québec samedi, font entendre que notre exposition est une affaire manquée, qu’elle n’a pas été « aussi considérable et aussi brillante qu’on s’y attendait. » Les seuls faits communiqués par ces lettres, sont que « le temps a été pluvieux, que la revue des troupes n’a pas eu lieu jeudi, que les visiteurs de Boston n’étaient pas aussi nombreux qu’on l’aurait pensé, qu’il y avait une querelle de sauvages dans la rue Notre-Dame, qu’on avait tiré les couteaux, que le cri de guerre avait été entendu, et que les Dames avaient été dans la nécessité de fuir précipitamment de tout côté de peur d’être présentes à quelque scène d’antropophagie ou de voir lever les chevelures!!! » Nous espérons que notre confrère va se hâter de donner à ses lecteurs des informations un peu mieux choisies, un peu plus dignes du sujet et de la population qui y est intéressée. Malgré le mauvais temps nos visiteur n’ont pas dû être désappointés, ils ont eu continuellement des moyens de distraction et de récréation. Il n’y a pas eu de scène dangereuse et disgracieuse dans la rue Notre-Dame, mais une querelle à peu près insignifiante sur le Champ de Mars. Ce n’était pas là la première chose qu’un observateur de bon goût eut dû signaler dans ses lettres, il eut dû exercer son jugement sur des choses plus élevées, et il n’en manquait pas.

Notre confrère du Pilot est tombé dans une autre erreur ; il reproche aux Bas-Canadiens ou Canadiens-français de n’avoir pas pris assez d’intérêt dans cette grande exposition, de n’avoir pas fourni assez de spécimens d’articles particuliers à la portion de la province qu’ils habitent. Comme le reste de la population, les Canadiens-français auraient sans doute fourni plus d’objets et d’articles mieux choisis, s’ils en avaient été prévenus plutôt, mais à la notre avis, ils ont fait assez pour ne pas mériter le reproche d’indifférence, et le Bas-Canada est certainement aussi bien représenter que le Haut dans les salles du marché Bonsecours, pour ne rien dire de plus. Les Canadiens-français n’ont peut-être pas assez fourni dans les choses d’ornement et les meubles de goût, ils n’ont peut-être pas contribué à la confection des articles, des chaises à l’antique, qu’on doit offrir à la Reine ; et nous devons dire en passant qu’ils n’ont pas à s’en repentir aujourd’hui, car l’ouvrage de MM. Beed et Meakins et autres, n’a pas paru aux yeux des visiteurs ce qu’il devrait être ; ces meubles ne sont pas sans mérite, mais nous craignons qu’ils ne puissent jamais figurer avec avantage au château de Windsor. Nous avons remarqué avec plaisir que les Canadiens ont assez fourni dans les articles d’une grande utilité.

A-t-on vu quelque chose de plus digne de toute l’attention du public que les objets exposés par M. Têtu, l’huile et le cuir de marsouin? Ces deux objets ont des propriétés particulières qui leur donnent une grande valeur et la découverte récente en est due à M. Têtu. Il a trouvé moyen de clarifié l’huile de marsouin et de la rendre aussi belle que l’huile d’olive, et elle a de plus la propriété de ne point se coaguler, à quelque froid qu’elle soit exposée et de produire une lumière très brillante. Le cuir de marsouin, cette autre découverte de M. Têtu, est supérieur à tous les cuirs connus et mis en usage jusqu’ici pour la force, la souplesse et la beauté, et les chaussures de ce cuir ont la bonne qualité de durer presqu’à l’infini, quelque soit l’usage qu’on en fasse. M. Têtu a inventé un procédé particulier pour tanner les peaux de marsouin et le cuir de poisson en général qui a l’avantage d’avoir un tissu également fort sur toutes les directions. Cette découverte est tellement précieuse qu’un Américain, connaisseur en ce genre, voulu s’entendre avec l’inventeur, pour avoir lui-même une patente de son gouvernement dans les États-Unis. Le district de Québec n’eut-il produit que ces deux objets, nous dirions qu’il a fourni les objets nouveaux les plus précieux pour le pays : c’est une mine très riche ouverte à l’exploitation.

Parmi les objets venus de Québec et des autres parties du Bas-Canada, il en est bien d’autres qui sont dignes d’attention et de mention. Le bois d’érable piquée, mis en feuilles au moyen d’une machine inventée par un jeune meublier canadien de Québec, pour servir au placage des meubles, a bien aussi sa valeur. Il en est de même de la boîte aux dix-huit sortes de bois faite par un canadien sous la surveillance de M. Drum. Les boîtes de chasseurs envoyées par M. Joseph Barbeau ne sont-elles pas d’un travail remarquable? L’or de la seigneurie de MM. Doléry est bien un article de quelque valeur. Parmi les ouvrages des femmes, les chapeaux des demoiselles Martel ne doivent-ils pas occuper un rang distingué ainsi que les ouvrages en laine, couvertures, châles, tricot, flanelle, bas et autres objets apportés de Québec et dont la plupart sont manufacturés par des femmes canadiennes-françaises? Dans le département géologique, on remarque des articles envoyés par des Canadiens de différentes parties du Bas-Canada ; M. Duberger, de la Malbaie, le capitaine J. Morin, de St. Valier, M. François Marcotte, de Portneuf, M. J. Proulx, de St. Eustache, &c, &c. En poursuivant notre visite dans la même partie de la salle de l’exposition, nous avons même remarqué près des admirables peintures de MM. Arthur et Ramsay, le buste en marbre de Monseigr. de Montréal par notre artiste Français M. Bullet, ainsi qu’une tête d’enfant admirablement exécutée par le même artiste. Plus loin nous avons vu que le meilleur et le plus beau fauteuil d’aisance sort de la boutique de M. Rey.

Les plus beaux ouvrages en broderie sur l’écorce sont de la main d’une dame Canadienne. Nous avons également remarqué une élégante pièce de broderie sur suie par les Dames de la Congrégation de Montréal. En fait d’argenterie, le calice envoyé de Québec par M. Sasseville, est d’un travail et d’un fini qui ne peuvent pas facilement être surpassés. ─ Le Canon de LaRochelle, se chargeant et déchargeant de lui-même est encore une invention unique et toute Canadienne qui atteste un génie mécanique supérieur. Nous regrettons que ce canon n’ait pas été exhibé pendant le premier jour. ─ Nous ne devons pas oublier de mentionner les échantillons de verre de la manufacture de MM. Lebert et Boden. Ce sont des objets qui méritent non seulement l’attention, mais l’encouragement du public. Ne devons nous pas mentionner aussi la petite locomotive, ce petit chef-d’œuvre, du jeune Rodier de St. Hyacinthe?  Ce petit bijou est seul une recommandation puissante pour le jeune homme ; il nous dit qu’il y a quelque chose de plus qu’ordinaire dans cette tête qui n’a pas encore seize printemps. Passons au département des fruits, des fleurs et des plantes d’ornement et nous trouverons encore que nos compatriotes y ont fourni leur quote part. De tous les tableaux que nous avons examinés dans les salles de l’exposition s’en trouve-t-il de supérieurs à ceux de notre artiste Canadien, M. Hamel?

Ce n’est pas par esprit de jalousie que nous faisons ainsi un examen partial, mais c’est uniquement pour constater que nos compatriotes n’ont pas été aussi indifférents que veut bien le dire le confrère que nous avons cité plus haut. Et d’ailleurs nous voulons par là attirer encore plus leur attention sur les avantages d’une exposition de ce genre, ce que nous ne pourrions faire en jetant le découragement chez eux et en les plaçant dans un état d’infériorité qu’ils ne méritent pas. Nous n’avons parcouru là qu’une seule des salles de l’exposition et nous pourrions trouver une liste de noms canadiens aussi bien remplie pour le moins dans l’autre partie, où l’on voit une grande variété de produits d’agriculture, d’horticulture, de machines à vapeur et autres, d’instruments aratoires, d’ustensiles de cuisine, de moulin à battre, à vanner, à moudre, à beurre, &c., des harnais et des voitures splendides d’hiver et d’été. En cela encore, nos compatriotes y sont pour leur part. Les voitures de M. Ed Gingras sont bien au nombre d’objets les plus remarquables. Nous avons vu du blé, di blé d’Inde, du sarrasin, des pois d’une qualité supérieure apportés par des Canadiens-français. On se plaint même de quelques injustices que nous ne sommes pas en état de constater nous-mêmes. On aurait accordé un prix pour des biscuits sans examiner assez bien ceux de M. Leduc.

En somme l’exposition de l’industrie provinciale ne peut que faire honneur au Canada et nous espérons qu’elle produira tout le bien qu’on peut en désirer. Nous obtiendrons prochainement des détails plus précis et nous dirons quelques mots encore sur l’adjudication des prix. Nous ferons peut-être aussi une autre appréciation de l’exposition sous un point de vue plus général pour rendre justice à tous et pour indiquer les objets manufacturés dans le pays qui ne le cèdent en rien aux objets de même nature qu’on importe de l’étranger : telles sont, par exemple, les couvertures de laine qui sortent des moulins de M. Gamble de Miltou, les savons et chandelles de Mathewson & Son de cette cité.

Le nombre d’articles exhibés s’élève à 5000, et le nombre de personnes qui les ont fournis est de 1,360.

LES RÉGATTES. ─ Dans notre feuille de jeudi soir, nous avons pu dire un mot des premières scènes de l’exposition provinciale ouverte ce jour-là. Nous en avions vu assez dès lors pour comprendre de quel intérêt public serait toute cette grande et importante affaire ; nous avions été témoin des régattes ou courses de chaloupes, sur le vaste sein du St. Laurent, vis-à-vis notre cité. Cependant nous n’avons pas pu en donner le résultat, ces joûtes aquatiques n’étant pas terminées quand nous mîmes sous presse. Voici quelques détails à ce sujet : ─

Chaloupes à quatre rames, 1ère classe.

Pour £25 : entrée £2 10s ; distance 3 milles,

Noms des Chaloupes.                                                                        Rangs

VIXEN…….. J. G. Sims, de Montréal                                                                1

JENNY LIND. J. Houghton, de Québec                                                             2

FAIRY QUEEN. A. D. Bell    do                                                            3

Chaloupes à quatre rames, 2me classe.

Pour £10 : entrée £1 5s ; distance 3 milles,

HOCHELAGA………………………………                                          1

JENNY LIND… Mr. Busby, de Montréal                                                3

BESSY……… Mr Medley, de Kingston                                                 2

Courses d’esquifs, 2 milles.

Prix : ─Coupe d’argent. entrée 5s

QUEEN…….. A. D. Bell, de Québec                                                     4

LADY ROWAND……….. de Montréal                                                 2

PEARL………. J. Molson, de Montréal                                                              2

DART…….. Mr. Medley de Kingston                                                                1

Chaloupes à six rames

Prix, £12 ; distance, 3 milles ; entrée 30s.

ERIN GO-BRAGH… E. Charlton. Québec                                             1

GLANCE…………… A. Irving, Montréal                                               2

Ces coures ont été très-bien conduites et ont amusé le public.